Florence Férin

Tiga


Conte, chansons et théâtre d’objets


©Lucie Catsu

Un voyage initiatique et universel.
TIGA vit avec son papa qui l’élève seul. Pas assez grand pour faire certaines choses, mais aussi, plus assez petit pour en faire d’autres, il n’a  qu’un seul désir, celui de grandir. Il aimerait bien être un géant comme son papa !

Un jour, il part, en tapant ses « pieds colère » sur la terre. Il avance, droit devant, puis se perd. Il entre ainsi chez Koki, grand-mère souris et devient, à son tour, le géant devant la toute petite. Au cœur de la forêt, il rencontre Äiti Puu. C’est « la plus grande arbre » de la forêt…

NOTE D’INTENTION :
Quand j’étais toute petite, j’imaginais que nous vivions sur la tête d’un géant.
Les arbres étaient ses cheveux. Nous marchions sur son crâne et ça le grattait !
J’ai longtemps gardé, en mémoire de conteuse, un conte traditionnel, transmis par Gigi Bigot et Françoise Diep, intitulé « Le roi des bêtes ». Il raconte le cheminement d’un héros chétif qui, sur les conseils du diable, s’en va demander de la force au Roi des bêtes.
Cette rencontre du héros avec le géant de mon enfance, le rend fort et il revient chez lui, grandi.
LA DÉESSE PRIMODIALE
En effectuant, sur les conseils de Françoise, des recherches sur l’origine du « Roi des bêtes », je me suis intéressée à la mythologie Sumérienne et suis même remontée à la préhistoire. Les traits caractéristiques de ce qui pourrait être une déesse primordiale se retrouvent partout en Europe, peints ou gravés sur les parois des cavernes, sculptés sur la pierre, l’os ou le bois, et, des milliers d’années plus tard, au néolithique, dans un culte voué à ce symbole de la nature et du vivant. Puis, vers le Ve millénaire av. J.-C., des peuples indo-européens, ayant imposé aux sociétés agraires leur langue, leur pouvoir et leurs mythes, des dieux masculins auraient refoulé, dans un lointain passé, nos déesses préhistoriques.
Ishtar, la déesse primordiale mésopotamienne fut affublée d’un mari : Baal. Avec le temps, Baal devint Yahvé, et Ishtar devint Asherah. Puis elle fut finalement effacée de sa place première et, sous le nom de Shekinah, devint la déesse-arbre de la fécondité, perdant, par là même, son statut de déesse première.
Avant d’être roi, le « Roi des bêtes » aurait donc été une déesse ?
ÄITI PUU, L’ARBRE MÈRE , DEVIENT LA GÉANTE DE MON HISTOIRE
Je choisis donc de prendre en compte ces éléments, riches de symbolique, pour nourrir mon écriture.
J’ai ainsi imaginé un conte mettant en scène, face au petit garçon, élevé par son père et qui « s’en va pour être grand », non pas le « Roi des bêtes », mais plutôt, la figure féminine d’une divinité primordiale.
En effet, lui redonner sa place naturelle me semble aujourd’hui indispensable.
Non pour entrer dans une guerre des genres, mais, parce qu’à mon sens, le principe féminin, porté par chaque humain, qu’il soit fille ou garçon, femme ou homme, doit retrouver un sens véritable dans nos cheminements intérieurs… Pour l’équilibre de notre monde et au service de la vie.
Le sujet de cette nouvelle création est donc très actuel :
Qui me porte ? Qui me nourrit ? Et quelle nourriture m’aide à grandir ?
Associée au symbole de l’arbre du monde, cette figure de reine se nomme, dans mon récit, « Äiti puu ».
Ce qui signifie l’arbre-mère en finnois, en résonnance avec la berceuse transmise par cette « mère universelle ».

PORTRAIT :
Je suis née en Touraine, dans un petit bourg au bord de l’Indrois.

Mon grand-père Albert était maréchal-ferrant. Mon père est donc devenu forgeron bien naturellement. Pendant que maman gérait toute la paperasse des Etablissements Férin, mémère Juliette et ma tante Marie-Thérèse tenaient la quincaillerie. Et mon autre grand-mère, Marcelle, en plus de son travail à l’usine, lavait le linge dans l’eau de la rivière pour les autres. Mais dites, c’était à quelle époque ?

Attendez, ma sœur s’appelle Linda et elle faisait de la moto, tout de même ! Par contre Marcelle a toujours fait de la mobylette et elle ne mettait jamais le casque pour ne pas faner sa mise en plis : « Moi avec le casque j’entends ren, c’est ben plus dangereux ! ».

C’était le village, les machines agricoles, les champs pour courir, le ciel pour rêver… Et tous mes petits personnages de papier et ma tête pour créer.

Pendant longtemps, j’ai pensé que je n’avais rien d’intéressant à dire. C’est comme ça que j’ai appris à écouter et c’est comme ça que je suis devenue conteuse.

Dans l’écriture de ses contes, Florence sait jouer avec la poésie des mots et l’humour bien ancré dans le jeu de ses personnages. C’est un mélange de terre fraîche et de ciel. Dans cet art qu’elle pratique depuis plus de 25 ans, Florence s’accorde la liberté de pétrir ses contes à la mémoire de ses sens et dans sa présence sincère, c’est toute la sensualité d’un féminin qui se dit.